Il est des sujets de société qui agitent l’opinion et par essence, les bien pensants qui ont, quoi qu’il arrive, toujours quelque chose à penser et qui le clament à qui veut l’entendre. Sans risque d’être taxés d’immoraux par le public français ou les animateurs télé.
Nos « penseurs » ont l’opinion derrière eux. Racisme, antisémitisme, féminisme, écologie, culture, festivals de world music, possession d’armes à feu, niqab ou encore interdiction de la fessée, notre société occidentale moribonde agite encore, de façon faiblarde, et à peine éhontée, l’illusion de s’offusquer de ce qu’elle est devenue et des aberrations qu’elle a enfantées. C’est parfois bien fait, avec finesse, délicatesse et sans Sylvie Testud. Mais c’est bien souvent catapostrophique, pour ne pas dire de gros mots. Il ya quelques semaines, mes errances cinématographiques m’ont déporté dans un grand cinéma où j’ai assisté bien malgré moi à « La rafle » dont je tairais le nom de la réalisatrice, par respect pour sa mémoire.
Certes, il fallait bien offrir à Gad Elmaleh un rôle dramatique. Et quand je dis dramatique, je ne parle pas de « Coco », qui s’approche plus du pathétisme. Non, il fallait que l’humoriste préféré des français, la fierté de l’immigration choisie, joue dans un film qui fasse pleurer dans le pop-corn. A chaudes larmes. L’exercice est plutôt réussi de ce côté-là : le « Clair de Lune » de Debussy, à grands renforts de violoncelle (oui, je suis très sensible au violoncelle) m’a mouillé les yeux pour le final. Il a carrément fait chialer ma copine à gros sanglots, les rangs de derrière et ceux de devants avec. Servi par une tripotée d’acteurs français plus habitués au théâtre, suintant le vaudeville, les films de costume et le titi parisien, « La Rafle » s’inscrit dans la grande tradition du mauvais cinéma français de ces 20 dernières années. Retenons la performance de la réalisatrice qui est d’avoir envoyé cette insupportable Testud valser dans les cordes avec la Faucheuse dans le 1er acte.
Côté marmaille, on a encore rafistolé les chaussettes déjà trouées à maintes reprises. Et des chaussettes qui puent… Avez-vous remarqué à quel point les enfants sont insupportables au cinéma ? On te ressert du Morange et du gamin de moins de quatre ans qui zozotte un peu pour que ce soit mignon que c’en est insolent. J’en tire plusieurs propositions pour changer le titre du film, d’ici à la sortie en DVD : « Les Choristes au vélodrome », « On a déporté le petit Nicolas », ou encore « Vel d’Hiv sa mère ». Je surfe sur la tendance…
Un peu de dignité ne ferait pas de mal. On n’est plus dans le devoir de mémoire, mais dans le commentaire de texte, dans la chorégraphie d’acrogym avec figures imposées. Et laissez-moi vous dire que la pyramide humaine, sur le finish, est un peu bancale…
« Mais Hippolyte, c’est vraiment arrivé ! » m’ont rétorqué certaines personnes. Oui. Certes. Et Schindler a vraiment sauvé des centaines de personnes. Et un pianiste a réellement survécu au ghetto de Varsovie. Et Primo Levi, et tant d’autres sont bien passés par les camps de la mort. Mais eux-mêmes et/ou ceux qui retranscrit leurs histoires d’écorchés vifs avaient du talent. Et pour rafraichir la mémoire de mes confrères cinéphiles, « Nuit et brouillard », « Shoah », et « La vie est belle » secouent les tripes autrement plus que ce film pour les scolaires, et encore…
La seule chose qui pourrait être réellement « raflée » pour le coup serait peut-être le César du meilleur décor. C’est ce qu’on fait quand on est moche, qu’on pue et qu’on veut plaire : on se maquille et on se parfume…
Je vous embrasse pas, j’ai la crève.



